« En Suède, on serre la main, aux femmes comme aux hommes » : le débat qui fait rage sur la discrimination sexuelle imputée aux Musulmans et la discrimination religieuse imputée aux prépondérants

Pour comprendre l’article de Sholeh Irani, traduit ci-dessous, il est nécessaire de situer son contexte

La « bataille de la poignée de main » a éclaté en Suède à la mi-avril. Récapitulons : le 18 avril 2016, Mehmet Kaplan présente sa démission du gouvernement dirigé par le social-démocrate Stefan Löfven dans lequel il occupait depuis 2014 le poste de ministre du Logement, du Développement urbain et des Technologies de l’information.

Né à Gaziantep en Turquie en 1971 et arrivé en Suède un an plus tard, Kaplan est membre du Parti de l’environnement Les Verts – coalisé avec les sociaux-démocrates – dont il a été membre de la direction et député. Sa démission est survenue après diverses « révélations » : il avait participé à un repas avec des membres des Loups Gris, une organisation nationaliste d’extrême-droite turque –dont le leader pour la Suède a appelé publiquement à « tuer les chiens arméniens » -, et du Millî Görüş, une puissante organisation islamique turque fondée par l’ancien premier ministre Erbakan. Kaplan avait déclaré en 2009 que les Palestiniens étaient traités par Israël comme les juifs en Allemagne dans les années 30. En juillet 2014, il avait déjà fait scandale en comparant les djihadistes de nationalité suédoise partis combattre en Syrie avec les volontaires suédois de 1939-1940 dans la guerre d’hiver en Finlande contre l’occupation soviétique. En 2010, il se trouvait à bord du M/S Eleftheri Mesogeios, un des 8 navires de la Flotille de la liberté vers Gaza, interceptée brutalement par la marine israélienne, qui tua 9 Turcs à bord d’un autre bateau de la flotte, le Mavi Marmara.

Kaplan a été successivement actif dans l’organisation Jeunes Musulmans de Suède, dans le Conseil musulman suédois et dans l’organisation Musulmans suédois pour la paix et la justice, aussi appelée mouvement de la paix suédois, qu’il a cofondée en 2008 avec Yasri Shamsudin Khan.

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Mehmet Kaplan et Yasri Khan

Ce dernier, né en 1986 à Stockholm, est le fils de Samsudin Khan, le leader de l’Organisation unie pour la libération de Pattani (PULO), qui se bat pour  l’indépendance des trois provinces musulmanes du sud de la Thaïlande et est considérée (et traitée) comme terroriste par le gouvernement de Bangkok. Député du parti vert et candidat à son comité central, Yasri Khan est invité sur la chaîne de télévision TV4 le 19 avril, où il doit être interviewé par la journaliste Ann Tiberg. Lorsque celle-ci lui tend la main, il refuse de la serrer, préférant poser sa main droite sur le cœur et saluer de la tête.

La scène déclenche une tempête dans son parti, dans les médias, où Yasri a droit à tous les noms d’oiseaux (« misogyne, discriminateur sexuel, extrémiste, terroriste, islamiste » etc.), mais reçoit le soutien d’une bonne partie de l’opinion. Les dirigeants de son parti l’ayant condamné pour son geste –Gustav Fridolin, porte-parole du parti déclare : « Tout le monde doit être traité à égalité. On ne peut pas avoir un poste de confiance chez nous si on ne peut pas serrer la main d ‘une femme »-, il renonce à sa candidature à la direction du parti dès le lendemain.

Le Premier ministre en rajoute une couche avec un commentaire devant le parlement – « En Suède, on serre la main aux femmes comme aux hommes » – qui suscite un commentaire ironique de la rédaction éditoriale du quotidien Dagens Nyheter  (« indépendant, libéral ») le 23 avril, intitulé : « La manière de saluer est une affaire privée ». Chute de l’édito : « En Suède, le Premier ministre veut donc désormais décider comment deux personnes doivent se comporter quand elles se rencontrent. La question est s’il y a d’autres rituels personnels qui doivent être réglementés au plus haut niveau politique ou si cela concerne seulement ceux qui affectent directement l’assise gouvernementale de Stefan Löfven ».

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Alice Bah Kuhnke

Dans le concert des condamnations « roses-vertes » de Yasri Khan, l’ancienne sprinteuse et journaliste Alice Bah Kuhnke, de père gambien et de mère suédoise, apporte quelques nuances.  Tout en appuyant la déclaration de Löfven et reconnaissant qu’il était difficile de représenter le parti vert si on ne « veut pas toucher certaines personnes », elle ajoute toutefois : »Nous vivons dans un pays libre et on a le droit de saluer comme on veut ». Et cette ministre verte de la Culture et de la Démocratie (sic), qui est aussi chargée des cultes, dit avoir fait à plusieurs reprises l’expérience de refus de lui serrer la main, qui « crée une situation bizarre », mais, ajoute-t-elle, « il ne faut pas avoir honte de sa manière de saluer » et « nous devons nous entraîner à mener ces discussions dans des espaces publics ».

https://i0.wp.com/tlaxcala-int.org/upload/gal_13498.jpgOmar Mustafa

Mehmet Kaplan et Yasri Khan ne sont pas les premiers musulmans suédois à avoir été éliminés de la scène politique suédoise. Omar Mustafa, né en 1985 au Liban dans une famille arabo-kurde, aura tenu une semaine à son poste de suppléant au comité central du parti social-démocrate, du 7 au 13 avril 2013, avant d’être contraint à démissionner suite aux accusations dirigées contre lui : il avait, en tant que responsable des Jeunes Musulmans de Suède et de la Ligue islamique, organisé des conférences de personnes qualifiées d’antisémites ou d’homophobes par le magazine antiraciste Expo et été dénoncé comme « représentant des Frères musulmans en Suède » par le quotidien chrétien conservateur Dagen.

Carl Hamilton et les trois animatrices « iraniennes »

Cette affaire de refus public de serrer la main n’est pas non plus la première en Suède. En 2008 l’économiste et star médiatique Carl Hamilton est invité d’un nouveau programme de la télévision publique nommé Halal-TV, animé par trois musulmanes.  Dalia Azzam Kassem, 22 ans, lui serre la main, mais Cherin Awad, 23 ans, et Khadiga Elkhabiry, 25 ans, le saluent en portant leur main à la hauteur de leur cœur. Hamilton s’empare alors de la main de Khadiga et lance : ”Tu dois me donner la main, en fait ! Si ça ne vous va pas, vous pouvez rentrer chez vous en Iran!” Aucune des animatrices n’a des origines iraniennes, elles sont d’origines maghrébine, égyptienne et syrienne. S’ensuit une engueulade au cours de laquelle Hamilton en dit des vertes et des pas mûres (« Vous devriez aller vivre dans des grottes ») avant de quitter le studio.

Huit ans plus tard, l’ambiance a changé en Suède : la coalition rose-verte est à mi-parcours de son mandat (prochaines élections en 2018) et les écologistes, qui ont tenu leur congrès peu de temps après les affaires Kaplan et Khan, sont en chute libre dans les sondages, notamment pour leurs critiques –modérées – de la gestion du flux de réfugiés et de l’accord UE-Turquie -, tandis que les Démocrates de Suède, le parti nationaliste et xénophobe qui est passé de 1,44% des voix en 2002 à 13% en 2014, peuvent escompter augmenter leur nombre de députés, actuellement 49, aux prochaines élections. D’où peut-être la tentation pour les dirigeants écologistes de se « reblanchir » en coupant quelques têtes musulmanes, au nom bien sûr de l’égalité des sexes.

Fausto Giudice, Tlaxcala

“En Suède, nous serrons la main”: le Premier ministre peut-il être dénoncé au médiateur contre les discriminations ?
Entretien avec le chef de l’unité de traitement des plaintes du médiateur

Sholeh Irani, 3/6/2016
Original: ”I Sverige skakar vi hand”: kan statsministern DO-anmälas?
Samtal med Martin Mörk, chef för DO:s processenhet

Pourquoi la question de la poignée de main prend une tournure explosive, peut-on saluer de différentes façons, où sont les limites de la liberté religieuse, que dit le droit lorsque la loi anti-discrimination et l’exigence d’égalité de traitement entrent en collision ? Martin Mörk, chef de l’unité de traitement des plaintes dans les services du médiateur suédois  contre les discriminations (Diskrimineringsombudsmannen, DO) répond aux questions du point de vue de la loi anti- discrimination*.

Martin Mörk. Photo Unn Tiba/Pressbild

Le DO mène une procédure sur le cas d’une femme afghane envoyée chez un médecin pour une gastroscopie en 2013. Elle n’avait pas eu d’objection à être examinées par lui lors de la visite. Pour des raisons religieuses, cependant, la femme a choisi de ne pas serrer la main du médecin, portant à la place sa main à la hauteur du cœur et hochant la tête. Ce que le médecin n’a pas accepté, réprimandant la femme, puis refusant de l’examiner, selon la plainte du DO. Le tribunal de première instance de Hässleholm a estimé que le refus du médecin était discriminatoire. En appel, cependant, la Cour d’appel de Scanie et Blekinge a choisi de déclarer le médecin non coupable. La Cour d’appel a estimé que le DO n’a pas pu démontrer que le refus d’examen médical était lié à la religion ou à l’appartenance ethnique de la femme.

– La Cour d’appel n’a pas examiné l’affaire sur le fond, mais a estimé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves. Le DO a fait appel auprès de la Cour suprême, car nous pensons que la Cour d’appel a exigé trop de preuves. Dans les affaires de discrimination, les charges de la preuve sont censées être allégées, dit Martin Mörk, chef de l’unité de traitement du DO.
Mais il y a déjà un cas tranché en 2010, celui d’une agence pour l’emploi qui avait supprimé ses allocations de chômage à un demandeur d’emploi qui avait refusé de saluer en serrant la main.

Pourquoi le DO a-t-il choisi d’ester en justice dans ces deux cas de refus de serrer la main?

– Le DO est un organisme gouvernemental, et notre position est un point de vue juridique. Nous appliquons la loi anti-discrimination. La loi interdit la discrimination liée à la religion. Le point de départ, pour l’application de la loi anti-discrimination, n’est pas une évaluation objective de ce qu’une religion particulière prescrit. Mais il s’agit de savoir si la personne qui a été victime d’une discrimination pense qu’il y  a un tel lien avec la religion. Si un employeur par exemple pense qu’un code vestimentaire particulier est lié à l’Islam ou à toute autre religion, et réserve donc un traitement spécial négatif à quelqu’un, il entre dans le champ de la loi anti-discrimination.
– Si une femme porte un foulard, mais pas pour des raisons religieuses et se sent discriminée parce qu’elle est perçue comme musulmane, cela relève de la législation anti-discrimination. Pour la poignée de main, on peut raisonner de la même manière. On peut dire que la loi anti-discrimination protège les individus contre un traitement moins favorable parce qu’ils sont par exemple musulmans ou supposés tels. Grâce à la protection offerte par la loi anti-discrimination, la liberté religieuse est également protégée en Suède. Les procès sont importants, car ils peuvent préciser ce que devraient être les limites de la zone protégée.

Où sont les limites de la liberté religieuse ? Quand est-ce que la loi anti-discrimination entre en collision avec l’exigence d’égalité de traitement?

– Vous ne devez pas traiter quelqu’un moins bien que les autres, c’est la substance, et c’est ce qui est décisif pour l’évaluation. Pour exercer la liberté religieuse on doit pouvoir exprimer ouvertement sa religion dans la société et ne pas être empêché de participer à la vie sociale. La liberté de religion est non seulement le droit de croire en ce en quoi on veut croire, mais aussi celui d’ exprimer sa religion de diverses manières, y compris par le vêtement et les coutumes.
– Le but de la législation sur la protection en matière de religion a à voir avec une histoire de persécution en Europe et dans le monde, la persécution justement d’individus appartenant à des minorités religieuses. Le besoin de protection est apparu précisément parce que les choix et les modes de vie de ces individus sont perçus comme déviants et peut-être même choquants. Il y a donc une pression pour l’adaptation aux normes de la majorité en place. Et on peut dire que plus les expressions religieuses paraissent choquantes aux yeux de la société majoritaire, plus les exigences de se conformer aux normes majoritaires sont fortes. Il s’ait le plus souvent des vêtements, des habitudes alimentaires, des coutumes ou d’autres déviances visibles qui peuvent être vues comme un manque de volonté de s’adapter et et donc provoquer des réactions agressives. Une telle réaction est de la discrimination, et c’est là que nous intervenons. La législation anti-discrimination, et d’ailleurs, aussi la Convention européenne (sur les droits de l’homme) et la Constitution suédoise, offrent une protection contre les exigences déraisonnables de conformation. Ensuite c’est une question juridique de savoir ce qui est raisonnable ou ne l’est pas, et cela dépend souvent de la situation.

Si un homme refuse de me serrer la main, mais serre la main de l’homme à côté de moi lors d’une réunion, je peux donc dire que sa liberté religieuse viole le principe d’égalité  ?

– Tout d’abord, l’homme doit avoir une certaine position par rapport à vous pour être concerné par la loi anti-discrimination. Celle-ci ne protège que dans certains secteurs de la société comme les biens et services, l’emploi, le logement, l’école, l’éducation etc.. Si l’homme, par exemple, est votre employeur, son geste relève de la loi. Et s’il est patent  qu’il ne veut pas vous saluer en tant qu’employée, eh bien, vous pouvez avoir été victime de harcèlement. Nous  n’avons pas encore traité une telle situation, mais on ne peut exclure que nous ayons à le faire. Si en revanche, il vous salue mais d’une autre manière (qu’une poignée de main), nous estimons que vous n’avez pas été désavantagée, vous avez été saluée de toute façon. À notre avis, on doit être autorisé à saluer les gens de différentes façons. On ne devrait pas être forcé de saluer d’une certaine manière pour recevoir des soins, un logement ou un travail, par exemple. Ensuite, il peut bien sûr y avoir des emplois dans lesquels le contact avec des personnes du sexe opposé est nécessaire, et donc cela peut faire que vous ne pouvez pas avoir ce travail pour cette raison.
– Notre évaluation concernant la poignée de main et les salutations est que tant que vous saluez tout le monde d’une manière respectueuse, vous êtes protégé par la loi. En revanche, si on ne salue pas du tout les personnes du sexe opposé, de manière démonstrative,  on n’est pas protégé par la loi à nos yeux. Mais il est important de souligner que la question n’est pas réglée, mais est l’objet d’un recours juridictionnel.

En ce qui concerne les partis politiques, quelqu’un qui est exclu de la direction ou n’est pas nommé à un poste de direction en raison de son refus de poignée de main peut-il signaler l’affaire au DO ?

– Ce genre d’élections au sein des partis et autres ne sont pas couvertes par la loi anti- discrimination en soi. Il y a une différence entre des charges politiques et un emploi. Le DO examine si on s’est vu refuser un emploi ou des soins pour des raisons liées à la religion.

Si des gens en raison de leur habillement ou de leurs coutumes sont exclus par exemple de mandats politiques, et qu’en fin de compte cela va à l’encontre de l’ambition que tous, sans distinction de religion, puissent être impliqués dans la vie politique, ils ne sont pas protégés par cette loi?

– C’est dans ce cas plus une question de tolérance et de l’intolérance dans la vie sociale. En ce qui concerne la question de la poignée de main, il est tout à fait clair qu’il existe différentes opinions politiques en la matière. Nous nous occupons de l’aspect juridique et pour nous, il s’agit de savoir que la loi oblige par exemple un employeur à  embaucher une personne qui agit d’une manière qu’il  pourrait ne pas aimer. Dans la pratique, il s’ait de faire la balance entre l’intérêt de l’employeur à  ne pas devoir tolérer l’expression d’une religion particulière et le droit des individus à exprimer leur religion, même si elle provoque des sentiments négatifs chez d’autres. On peut dire que la protection juridique est déterminée sur la base d’une évaluation de qui doit s’adapter à qui. Et pour ce qui est de la poignée de main, la question n’a pas encore été tranchée par les instances supérieures.

Le Premier ministre peut-il être signalé au DO pour sa déclaration « En Suède, on se serre la main » ?

– Non, la déclaration du Premier ministre n’entre pas dans le champ d’application de la loi. En outre, nous tenir compte de la liberté d’opinion et d’expression. Il est important qu’en  tant qu’organisme d’État nous ne soyons pas prescripteur de ce qu’il faut penser au  sujet de la poignée de main.
– Le noyau de la liberté religieuse est que ce n’est pas à l’État de décider de ce qui est bon ou mauvais dans ce contexte, ou si quelque chose suit ou non une religion. Notre évaluation est que l’individu, par exemple, la femme qui s’est vue refuser un examen médical, a le droit comme tout autre de se référer à la religion quand elle refuse de serrer la main d’un médecin du sexe opposé. Nous estimons que comme patiente, dans cette situation, on est protégée par la loi anti-discrimination et qu’on ne devrait pas avoir à serrer la main pour obtenir des soins. Puis c’est comme je l’ai dit aussi une question de preuves à propos de ce qui est vraiment arrivé dans la salle d’examen, et la question n’a pas non plus été tranchée par la justice.

Les lois que nous avons en Suède sont-elles suffisantes pour la situation où nous sommes, étant donné que des nouveaux habitants ayant   l’islam comme une religion peuvent être victimes de discrimination pour des choses qu’ils considèrent comme faisant partie de leur religion?

– Cela reste à voir, le fait que les lois aient une certaine apparence sur le papier ne signifie pas qu’elles seront appliqués de cette façon. C’est l’application des lois qui est cruciale. Une raison pour laquelle la DO traite la question de la poignée de main est que fondamentalement il s’agit là de savoir où fixer la limite. Il y a une jurisprudence de la Cour européenne (des droits de l’homme) sur l’interdiction par la France de se couvrir le visage, qui concerne entre autres les femmes qui portent la burqa et le niqab. La Cour européenne a jugé que l’État français a le droit de maintenir l’interdiction par référence à l’intérêt à être en mesure de vivre ensemble, et dans ce cadre, de pouvoir voir le visage de l’autre. On peut dire qu’il y a une protection, mais les limites plus précises de la protection, à quoi elle devrait ressembler, sont au jour d’aujourd’hui peu claires. Quelque part les individus doivent avoir de l’espace pour exprimer leur liberté religieuse. Si une société doit être caractérisée par la tolérance de la manière requise par la Cour européenne, il doit aussi y avoir un espace pour ce qu’on n’aime pas. Sinon, il est carrément inutile de parler de tolérance. La question est seulement de savoir quelle doit être la dimension de  cet espace est. À la lumière de cela, la question de la poignée de main prend une tournure particulièrement explosive car elle inclut la question de la relation entre les sexes, du contact physique, de la place de la religion dans la société et en outre les enjeux actuels relatifs à l’intégration et à l’assimilation. En même temps il est important de comprendre qu’il existe d’autres questions relatives à la discrimination contre les musulmans que celle de la poignée de main, et que seuls certains musulmans font une telle interprétation de leur foi.

Le DO choisi de ne pas représenter une sage-femme qui a refusé de pratiquer un avortement en raison de ses croyances religieuses. Pourquoi?

– Son intérêt religieux à ne pas effectuer cette tâche était, à notre avis, indéfendable compte tenu de l’intérêt public à appliquer la loi sur l’avortement. La protection n’est pas illimitée, l’État a le droit d’imposer des restrictions, mais elles doivent être justifiées et proportionnées. Il doit y avoir suffisamment de raisons solides (pour invoquer une discrimination).
Un cas en France qui est allé à la Cour européenne impliquait une travailleuse sociale employée dans un hôpital qui voulait porter un foulard, mais n’y a pas été autorisée. En effet, un employé de l’État, selon l’État français, doit transmettre la laïcité de l’État. La Cour européenne a accepté l’exigence de l’État, en faisant valoir que la France a intérêt à maintenir une sphère laïque autour de l’État. La question de la relation entre la liberté religieuse et, par exemple, lorsque l’employeur exige que l’employé effectue des tâches qui vont à l’encontre de sa foi ou qu’il s’habille d’une certaine manière a  aussi attiré l’attention en Grande-Bretagne, qui a de fortes lois anti-discrimination. Martin Mörk explique ces cas.

– Au Royaume-Uni, il s’agit de quatre affaires décisives. Deux cas de personnes qui voulaient porter la croix au travail et deux cas de chrétiens qui ne voulaient pas accomplir des tâches relatives à des homosexuels. En ce qui concerne la croix, une femme travaillant chez British Airways a eu le droit de porter sa croix, même si elle était contraire au code vestimentaire de la compagnie aérienne, mais dans le cas de l’infirmière, ce droit a pu être limité, car la croix pouvait poser des problèmes d’hygiène et causer des blessures. Une employée d’état-civil qui a refusé de marier des couples de même sexe a été déboutée parce que la protection contre la discrimination des homosexuels a été considérée comme ayant plus de poids. Et il en a été de même pour un conseiller de couples qui refusait donner des conseils aux couples de même sexe. Ces cas montrent qu’il faut souvent faire une balance entre des intérêts différents.

NdT

* La loi anti-discrimination suédoise, entrée en vigueur le 1er janvier 2009, répond entre autres aux diverses directives de l’UE. Elle sanctionne les discriminations en fonction de l’origine ethnique, du sexe, de l’âge, du handicap et des croyances. Le médiateur contre les discriminations est chargé de veiller à l’application de la loi par les institutions publiques, les entreprises et certaines organisations. Le terme même d’ombusdsman est fortement critiqué pour son caractère discriminatoire (man veut dire homme) mais la proposition de le renommer de manière plus neutre ombud (comme en Norvège) n’a pas abouti. Pour l’instant.

 

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