Pablo Tsipresias, ou la Movida va au Paradis

par FG, 22/6/2016

Vu de loin, hors d’Europe, le cirque électoral espagnol provoque un sentiment mêlé de dégoût et de jubilation intime, qui fait penser à l’auteur de ces lignes qu’il a eu raison de quitter l’Europe, où « les gens » ne veulent décidément pas apprendre les uns des autres et restent désespérément prisonniers d’un nombrilisme suicidaire.

Pablo Iglesias, le Leader Suprême de Podemos (Nous pouvons, un mix du Yes we can obamesque et d’un slogan électoral du Parti communiste espagnol des années 80), est en passe de se retrouver dans quelques jours, président du gouvernement issu des élections du 26 juin, ou au moins membre de ce gouvernement. Il est la tête de liste d’une coalition baptisée Unidos Podemos, un Front de gauche à l’espagnole dont les deux piliers principaux sont Podemos et Izquierda Unida, Gauche unie, le parti postcommuniste.

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Pablo Iglesias et Alberto Garzon (IU), la nouvelle Jeune garde du Secrétariat, sponsorisée par Red Eléctrica de España, entreprise à participation publique minoritaire de gestion de la production d’électricité

Ensemble avec le PSOE, ce parti qui n’a plus de socialiste et d’ouvrier que le nom, Unidos Podemos est crédité d’une majorité qui permettrait la formation d’un gouvernement sans avoir à négocier avec les listes régionalistes (catalanes, basques, valenciennes, andalouses etc.).

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Iglesias au PSOE : »Nos électeurs souhaitent nous voir gouverner ensemble »

Éprouvant quelques difficultés à se mettre sur la même longueur d’ondes que le nouveau leader du PSOE Pedro Sanchez, Iglesias a opté pour la tactique de contournement en misant sur Zapatero, l’ancien premier ministre et précédent leader du parti. Les deux hommes sont devenus les meilleurs amis du monde depuis décembre 2014 et ils ont multiplié les petites phrases d’éloge mutuel.

Mieux, Iglesias a déclaré que Zapatero a été le « meilleur premier ministre de la démocratie », c’est-à-dire de l’après-franquisme, qu’il le consultait chaque fois que nécessaire.

Zapatero, de son côté, a dit de Podemos ( dans Zapatero: “Macché populisti. Sono dei socialdemocratici”, La Stampa, 23/3/2015) : »Mais non, ce ne sont pas des populistes, ce sont des sociaux-démocrates. Ils sont jeunes, ils vivent dans les nuages, sans toit et sans plancher. Ils découvriront que les alternatives au système ne sont que partielles et ils changeront. La démocratie vous fait changer ».

Sociaux-démocrates. Le mot est lâché. Et Pablo Iglesias vient de revendiquer cette étiquette, osant même aller jusqu’à dire que… »Marx et Engels étaient des sociaux-démocrates ». Cet ancien communiste a sans doute oublié ses lectures de jeunesse, Le Manifeste du parti communiste et Le 18 brumaire de L. Bonaparte. C’est à l’Hôtel Ritz de Madrid qu’Iglesias a fait ses déclarations fracassantes, expliquant que Podemos était la « nouvelle social-démocratie », avec laquelle la « vieille social-démocratie » représentée par le PSOE devait s’allier pour gouverner. Et il a ajouté à cette étiquette revendiquée deux autres : le « patriotisme » et le « plurinationalisme ». Bref, il propose une social-démocratie se déclinant en espagnol, basque, catalan, galicien, asturien, andalou, valencien, mallorquin, grâce à Google translator. Le tout pourrait se résumer par un hashtag du style #unpodsocdempatplur.

 Bref, Pablo suit la même voie de la soumission infâme aux lois du capitalisme à visage humain branché que son camarade Alexis Tsipras, lequel a, purement et simplement, trahi ses militants, ses électeurs et son peuple, et bradé la Grèce pour un plat de lentilles.

Oubliés les Indignad@S, le 15M et leur cri pour une autre constitution, pour une autre démocratie, directe et non plus représentative, pour une rupture avec la vieille politique mortifère.

Plus dure sera la chute, pour Iglesias comme pour Tsipras.

*Dans Le 18 brumaire de L. Bonaparte, Marx, reconstituant l’histoire de la République constitutionnelle ou parlementaire proclamée le 2 Mai 1849 et dissoute le 2 décembre 1851 par le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte, qui se fera ensuite proclamer empereur, écrit :

«  En face de la bourgeoisie coalisée, s’était constituée une coalition entre petits bourgeois et ouvriers, le prétendu Parti social-démocrate. Les petits bourgeois s’étaient vus mal récompensés au lendemain des journées de Juin 1848. Ils voyaient leurs intérêts matériels menacés et les garanties démocratiques, qui devaient leur assurer la satisfaction de ces intérêts, mises en question par la contre-révolution. Aussi se rapprochèrent-ils des ouvriers. D’autre part, leur représentation parlementaire, la Montagne, tenue à l’écart pendant la dictature des républicains bourgeois, avait, pendant la seconde moitié de l’existence de la Constituante, grâce à sa lutte contre Bonaparte et les ministres royalistes, reconquis sa popularité perdue. Elle avait conclu une alliance avec les chefs socialistes. En février 1849, on organisa des banquets de réconciliation. On esquissa un programme commun, on créa des comités électoraux communs, et l’on présenta des candidats communs. On enleva aux revendications sociales du prolétariat leur pointe révolutionnaire, et on leur donna une tournure démocratique. On enleva aux revendications démocratiques de la petite bourgeoisie leur forme purement politique, et on fit ressortir leur pointe socialiste. C’est ainsi que fut créée la social-démocratie. La nouvelle Montagne, qui fut le résultat de cette combinaison, comprenait, à part quelques figurants tirés de la classe ouvrière et quelques sectaires socialistes, les mêmes éléments que l’ancienne Montagne, mais numériquement plus forts. A vrai dire, elle s’était modifiée, au cours du développement, de même que la classe qu’elle représentait. Le caractère propre de la social-démocratie se résumait en ce qu’elle réclamait des institutions républicaines démocratiques comme moyen, non pas de supprimer les deux extrêmes, le capital et le salariat, mais d’atténuer leur antagonisme et de le transformer en harmonie. Quelle que soit la diversité des mesures qu’on puisse proposer pour atteindre ce but, quel que soit le caractère plus ou moins révolutionnaire des conceptions dont il puisse être revêtu, le contenu reste le même. C’est la transformation de la société par voie démocratique, mais c’est une transformation dans le cadre petit-bourgeois. Il ne faudrait pas partager cette conception bornée que la petite bourgeoisie a pour principe de vouloir faire triompher un intérêt égoïste de classe. Elle croit au contraire que les conditions particulières de sa libération sont les conditions générales en dehors desquelles la société moderne ne peut être sauvée et la lutte des classes évitée. Il ne faut pas s’imaginer non plus que les représentants démocrates sont tous des shopkeepers (boutiquiers) ou qu’ils s’enthousiasment pour ces derniers. Ils peuvent, par leur culture et leur situation personnelle, être séparés d’eux par un abîme. Ce qui en fait les représentants de la petite bourgeoisie, c’est que leur cerveau ne peut dépasser les limites que le petit bourgeois ne dépasse pas lui-même dans sa vie, et que, par conséquent, ils sont théoriquement poussés aux mêmes problèmes et aux mêmes solutions auxquelles leur intérêt matériel et leur situation sociale poussent pratiquement les petits bourgeois. Tel est, d’une façon générale, le rapport qui existe entre les représentants politiques et littéraires d’une classe et la classe qu’ils représentent. »

 

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