Tsípras, ou le traité du vain combat

par Dimitris Alexakis Δημήτρης Αλεξάκης, 23/7/2016

Il paraît étrange d’affirmer qu’un événement qui était entré dans l’Histoire en soit par la suite ressorti ; tel est pourtant le sort pathétique qui semble être réservé au premier gouvernement d’Aléxis Tsípras et à la première contestation par un gouvernement élu des politiques d’austérité promues par les instances dirigeantes de l’Union européenne. Aléxis Tsípras, ou comment effacer l’Histoire.

Si le gouvernement d’Aléxis Tsípras est devenu, entre les mois de janvier et juillet 2015, le premier à remettre en cause les politiques d’austérité à l’échelle de l’Union européenne et est entré dans l’Histoire à ce titre, son « deuxième gouvernement »[1], en cautionnant la suppression de fait du droit d’asile européen et l’alliance stratégique de l’Union avec le régime de Recep Tayyip Erdoğan, en appliquant, après plus de six ans de récession, le plus cynique des programmes d’austérité qu’un gouvernement européen ait jamais mis en œuvre[2], semble avoir pour effet d’effacer jusqu’au souvenir de cette séquence inaugurale.

La métamorphose évoque cette scène du Metropolis de Fritz Lang qui voit les Maîtres de la cité remplacer Maria, guide et égérie des insurgés, par un robot à son image chargé de semer la discorde et la confusion parmi les ouvriers, mais aussi ces procès politiques apparus lors de la période stalinienne et où l’accusé, après avoir été soumis à interrogatoire et à un chantage direct, sur sa personne et sur ses proches, s’accuse publiquement d’avoir été celui qu’il était : séances pathétiques où le sujet parle la langue de ses persécuteurs, adopte leur rhétorique, leurs inflexions et s’évertue devant ses juges à effacer son empreinte de l’Histoire.

Mais Aléxis Tsípras ne s’est pas renié, et il ne lui a rien été demandé de tel ― au contraire. Son « capital de popularité », engrangé depuis la période de sa candidature à la Mairie d’Athènes, son âge, son style vestimentaire, ses talents oratoires, son « ancrage populaire », son parcours politique et la contradiction même dans laquelle il se trouve l’ont fait après coup apparaître comme un dirigeant plus à même de mettre en œuvre ces programmes que n’importe lequel des caciques de la droite ou du Parti socialiste grec. Contrairement à ces derniers, le Premier ministre grec a longtemps côtoyé les « victimes de l’austérité » et connaît leurs difficultés. La nécessaire compassion pour les petites gens, lieu commun de l’exercice du pouvoir depuis le début de la crise, n’est pas exactement un vain mot dans sa bouche. Son avantage semble être de connaître les souffrances qu’il inflige. À y regarder de plus près, cette posture compassionnelle est précisément celle de l’Église orthodoxe grecque, que Sýriza n’a jamais combattue.

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