Hammamet, 20 août 2016 : le premier concert en Tunisie de Goran Bregović et son Orchestre des mariages et enterrements, une grande leçon d’humanité

par Fausto  Giudice, 2/8/2016

English Hammamet, August 20, 2016: the first concert in Tunisia of Goran Bregović and his Wedding and Funeral Orchestra, a great lesson in humanity

La dernière soirée du 52ème Festival international de Hammamet, le samedi 20 août 2016, a été un véritable feu d’artifice qui restera dans la mémoire du public enthousiaste, qui connaissait par cœur la partie la plus populaire du répertoire du fou chantant de Sarajevo. Il aura fallu 50 ans pour que  Goran Bregović se produise enfin en live en Tunisie, lui qui ne connaissait du Maghreb que le Maroc, où  il s’est produit en 2003 à Fès et en avril 2016 au Festival Jazzablanca. Mais le public a été largement  récompensé pour son enthousiasme par des rappels en cascade auxquels l’orchestre, avec une générosité toute balkanique, ne s’est pas dérobé, offrant une performance de deux heures et demie.

Pour sa première tunisienne, Goran avait choisi le  format intermédiaire, l’ensemble à 19  : 5 cordes, 5 cuivres, 8 voix masculines, dont la sienne, 2 voix féminines et 1 percussion. Revue de détail.

Le « numéro 2 » de l’orchestre est sans aucun doute le chanteur et percussionniste Muharem Muki Redžepi, un Tzigane de Pristina au Kosovo réfugié à Niš en Serbie, qui est à Goran ce que le cœur est au cerveau, mettant littéralement ses tripes dans ses interprétations des morceaux les plus célèbres du répertoire bregovićien, comme Marushka, Chupchik, ou l’éblouissant Bella Ciao offert vers la fin du concert, qui a littéralement provoqué une explosion du public, empêché d’envahir la scène par un service d’ordre étoffé.

La seconde source de ravissement des auditeurs ont été les deux voix féminines bulgares, celles des sœurs Daniela Radkova-Aleksandrova, mezzo-soprano, et Ludmila Radkova-Traikova, soprano, embarquées dans l’aventure depuis l’enregistrement de la musique du film Underground, d’Emir Kusturica en 1995. Des voix réellement uniques, et bouleversantes, capables d’exprimer toute la gamme des émotions humaines.

Un des nombreux traits de génie de Goran a été d’associer à ces voix celles d’un chœur d’hommes serbes, emmené par le premier ténor Dejan Pesić, qui sont aux voix féminines ce que les colonnes seraient aux vitraux d’une église, ou plutôt à ses mosaïques.

C’est que l’Orchestre des mariages et enterrements est loin d’être un banal orchestre tzigane parmi tant d’autres. Bregović, parti du rock de sa jeunesse, a progressivement intégré dans ses (re)créations toutes les dimensions possibles de la musique balkanique : chants d’église byzantins, musique militaire ottomane (mehteran) puis serbe, bulgare et macédonienne (trouba) folklores paysans, le tout traversé et revisité par ces passeurs de frontières par excellence qu’ont été – et que sont – les Tziganes, chargés d’accompagner en musique tous les moments importants de la vie sociale dans une grande partie de l’Europe centrale et des Balkans. S’ajoutent à cela tous les apports du rock, de la country et du protest song du XXème siècle. Le résultat est proprement époustouflant-électrifiant : une sorte de country music urbanisée et universelle, donc parfaitement recevable aussi par des oreilles et des cœurs arabes.

La dialectique très matérialiste de l’ensemble « goranique » est enfin mise en pratique dans le jeu respectif et synchronique des cordes et des cuivres : trois violons (Ivana Mateijć, Bojana Jovanović-Jotić  et Tatjana Jovanović-Mirković), un alto (Saša Mirković), deux trombones (Aleksandar Rajković, aussi glockenspiel, et Miloš Mihajlović), deux trompettes (Bokan Stanković et Dragić Velićović),  et un saxo/clarinette (Stojan Dimov). Leur synergie permet une fusion de tous les genres, de la musique de chambre la plus intime à  la musique de fanfare dansante la plus endiablée, dans un respect mutuel qui a de quoi impressionner.

Un concert de l’Orchestre des mariages et enterrements redonne foi en l’humanité par la leçon qu’il dispense : hommes et femmes, jeunes et vieux, croyants et mécréants, lettrés et analphabètes, cordes et cuivres, peuvent s’entendre, s’écouter, se compléter, dans la joie comme dans la tristesse, pour une symphonie de bonheur pur. Et permet de découvrir que même la musique militaire peut être subvertie et réappropriée pour devenir musique de paix et de coexistence.

Ci-dessous les premières minutes du concert. Pour la suite, visitez notre page youtube. Enjoy!

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