Seize the time

par Fausto Giudice, 31/12/2016

Versión española

« Saisissons le temps » : c’est ainsi qu’on pourrait traduire ce slogan des Panthères noires, révolutionnaires des ghettos afro-US des années 1970. Son sens : sachons cueillir l’esprit de notre temps, qui est celui de la révolution à faire, ici et maintenant. L’époque, depuis le milieu des années 1960, était traversée de moments qui semblaient véritablement révolutionnaires, des grands ghettos US à l’Université de Pékin, où les Gardes rouge mettaient des bonnets d’ânes aux mandarins et repartaient à l’assaut du ciel, en passant par les colonies portugaises d’Afrique, l’Indochine et les métropoles d’une Europe divisée par un mur où des peuples luttaient contre trois dictatures fascistes (Espagne, Grèce, Portugal) et la jeunesse remettait en cause l’autoritarisme patriarcal.

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Emory Douglas, 1969

Bob Dylan chantait : « Pas besoin d’être un météorologue pour savoir d’où le vent souffle ». Et un groupe de jeunes révolutionnaires US blancs, décidant de passer à la guérilla urbaine, prendront comme nom le titre de la chanson, Weathermen, Météorologues. C’était il y a un demi-siècle.

Autres temps, autres vents, autres mouvements.

Que pourrait vouloir dire « Seize the time », en 2017 ?

État des lieux : le Royaume-Uni est en train de négocier avec Bruxelles les modalités du Brexit décidé par référendum, les USA se préparent à vivre sous un nouveau président, l’incroyable mais vrai Donald Trump, les Arabes subissent les contrecoups les plus violents depuis un siècle à leur tentative audace de se libérer de l’oppression, les Latinoaméricains sont punis pour avoir osé porter au pouvoir des forces progressistes. Partout, de la Grèce au Brésil, la « gauche » recule, est défaite et se défait, proche de l’état de mort clinique, avec un encéphalogramme pratiquement plat.

Assistons-nous à une victoire mondiale d’un néofascisme relooké, face auquel il n’y a pas de résistance possible ? Peut-être, ou peut-être pas.

Ce qui est sûr et certain : le clivage historique entre gauche et droite a de moins en moins de sens, vu que la démocratie représentative est en train de mourir de sa belle mort. Le pouvoir n’est plus exercé dans les hémicycles parlementaires, pas plus par ceux qui occupent les bancs de gauche que ceux de droite. D’autres clivages « historiques » s’avèrent de plus en plus aussi absurdes que meurtriers. Les affrontements idéologiques ne sont plus que des cache-sexes de conflits d’intérêts entre groupes politico-mafieux qui ne valent pas mieux l’un que l’autre. Les masses d’électeurs (toujours plus maigres) expriment leur ras-le-bol du système en votant pour ceux qui se présentent comme des candidats antisystème. De Berlusconi à Trump en passant par Sarkozy et les autres, on assiste depuis un bon moment à l’effet JR.

JR Ewing, un salaud intégral, était le véritable héros populaire du feuilleton Dallas. En votant pour un JR, l’électeur frustré, en colère, qui assiste à l’involution du monde avec un sentiment d’impuissance, éprouve une jubilation intime : « Ah ! Ils vont voir ce qu’il va leur mettre… » Sauf qu’aucun JR n’a jamais fait et ne fera jamais le bonheur de l’humanité.

Quant aux clivages idéologiques, qui amènent des gens à s’entretuer, ils sont aussi ridicules qu’ils sont absurdes et ne servent qu’à alimenter la guerre de clans ayant exactement le même objectif : accaparer le pouvoir pour accaparer les richesses en divisant la société d’en bas en autant de clans. Ces clivages perdent tout sens dès lors qu’on fait une politique des besoins réels à partir de la défense des biens communs ; quelles que soient vos croyances ou vos convictions, vous avez les mêmes besoins fondamentaux : manger, boire, être à l’abri du froid, de la chaleur, de la maladie, assurer l’avenir de vos enfants, protéger vos anciens, maintenir un environnement vivable.

Pour saisir le temps, on pourrait donc commencer par remplacer « gauche » et « droite » par « ceux et celles d’en bas » (les 99%) et « ceux et celles d’en haut » (les 1%). Et refuser à qui que ce soit parmi les 1% de représenter les 99%, même s’ils se présentent comme étant des nôtres. Et enfin, travailler à la création d’espaces autonomes de liberté et de satisfaction des besoins fondamentaux erga omnes, pour tous. Les personnes vivant dans ces espaces n’auraient jamais besoin de voter pour élire des représentants, car elles se représenteraient elles-mêmes. Tout simplement. Saisissons le temps.

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