Emmanuel Macron, l’économie en marche arrière

par Dany Lang et Henri Sterdyniak

Après plusieurs mois de suspense, Emmanuel Macron vient de présenter son programme. Le programme économique est hélas sans surprise. Comme l’avait annoncé Jean Pisani-Ferry, ce n’est pas un programme socialiste, c’est-à-dire un programme qui voudrait donner plus de pouvoir aux citoyens dans la cité et aux travailleurs dans l’entreprise ; ce n’est pas non plus un programme écologiste qui prendrait la mesure des efforts à réaliser pour la transition écologique.  C’est  un  programme  néo-libéral,  « progressiste »  uniquement  pour  ceux  qui pensent que le progrès consiste à imposer à la France d’aller vers le modèle libéral.

Ce n’est donc pas non plus un programme de rupture, puisqu’il s’inscrit dans la continuité de la politique menée par François Hollande et Manuel Valls, des 40 milliards de réduction d’impôts sans contrepartie pour les entreprises à la loi Travail. Ce programme nous propose d’accepter les demandes du grand patronat, en espérant que celui-ci daigne investir et embaucher en France.

Ainsi,  les  classes  dirigeantes  auront-elles  le  choix  entre  deux  stratégies  lors  de  ces élections. D’une part, la stratégie forte avec François Fillon, consistant en un choc brutal de destruction du droit du travail, de baisses des dépenses publiques et sociales, de réduction d’impôts pour les plus riches et les entreprises. De l’autre, la stratégie plus gradualiste d’Emmanuel Macron, les mêmes mesures étant prises plus progressivement, mais, in fine, dans la même direction.

Dans le premier cas, il s’agit de mobiliser le petit patronat, les indépendants avec le Medef contre l’État social et les acquis sociaux (en faisant oublier la responsabilité de la mondialisation et de la financiarisation dans leurs difficultés) ; dans le second, on fait miroiter une société dynamique, libérée, d’initiative individuelle, d’enrichissement personnel, en s’appuyant sur les classes montantes d’entrepreneurs ou d’actifs indépendants. Mais sur le fond, les projets sont proches.

À travers Macron, l’élection présidentielle est l’occasion pour la technocratie de Bercy de faire passer ses réformes miracles comme la baisse des retraites et des prestations chômage, comme la réduction de l’autonomie des collectivités locales, comme les organismes paritaires. Macron est le porte-parole rêvé de cette technocratie étroitement liée aux milieux financiers qui rêve de voir appliquer ces idées rétrogrades sous des apparences civilisées.

Le programme européen : le fédéralisme tutélaire

En France, comme dans beaucoup de pays européens, Les classes dirigeantes s’appuient sur l’Europe pour obliger les peuples à accepter des programmes d’austérité et de réformes structurelles. Ainsi, selon Emmanuel Macron, la France est considérée comme le « mauvais élève » de la classe. La France doit faire des réformes structurelles et réduire ses déficits pour montrer à ses partenaires, et en particulier à l’Allemagne, qu’on peut lui faire confiance. Macron est donc en faveur d’un respect scrupuleux des « engagements européens » de la France.  Il ne remet pas en cause les catastrophiques politiques d’austérité imposées par les instances européennes.

Ce respect permettrait, selon lui, d’engager les pays de la zone euro (ou un groupe de pays de la zone) dans une convergence rapide en matière fiscale, sociale et salariale, avec un euro-budget et une Union politique. Un ministre de l’économie et des finances de la zone euro serait mis en place. Il aurait un droit de regard sur les budgets nationaux, qu’il pourrait faire rectifier s’il les juge non conformes aux Traités ou à l’orientation souhaitable de la politique budgétaire de la zone. Ce ministre poursuivrait donc la logique de l’Europe actuelle, celle du fédéralisme tutélaire, mettant les gouvernements élus sous la tutelle d’institutions technocratiques

Selon Macron, ce ministre pourrait piloter un budget de la zone euro doté de ressources importantes (plusieurs centaines de milliards d’euros) destinées à faire des investissements et de la stabilisation macroéconomique.

Faire croire qu’il est possible de mettre en place un tel budget aujourd’hui, c’est jouer d’un mirage dangereux. Dans l’état actuel des traités, le budget européen est plafonné à 1,24 % du PIB, et augmenter ce plafond requiert l’unanimité des 28 chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne.

Compte tenu des rapports de force actuels en Europe, l’harmonisation fiscale se ferait par la baisse de la taxation des plus riches, des revenus du capital et des entreprises. L’harmonisation  sociale  serait  un  prétexte  pour  réduire  le  niveau  des  retraites  et  des prestations chômage. Les propositions d’une assurance chômage commune en Europe, par exemple, commencent toutes par réclamer la flexibilisation des marchés du travail des pays qui voudraient y participer ; ainsi, les instances européennes pourraient imposer de nouvelles réformes libérales, dans la droite ligne de la « Stratégie européenne de l’emploi ». Les pays devraient abandonner toute autonomie des politiques budgétaires en échange de la mise en place d’un budget de la zone qui se chargerait des politiques de stabilisation. Mais qui peut oublier  que  les  institutions  européennes  ont  toujours  nié  la  nécessité  et  l’efficacité  de politiques  budgétaires  de  stabilisation,  qu’elles  sous-estiment  toujours  la  nécessité  de  la relance  (ainsi,  selon  elles,  la  zone  euro  n’est  qu’à  0,6 %  en  dessous  de  sa  production potentielle), qu’elles prétendent au contraire que les pays membres doivent retrouver le plein-emploi  par  des  politiques  de  consolidation  budgétaire  (c’est-à-dire  de  baisse  des dépenses publiques) et de réformes structurelles ?  Au vu de l’échec patent de ces stratégies, qui voudrait leur confier les manettes ?

Le programme  économique  dans  la droite  ligne  de ses prédécesseurs

Lire la suite

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s