De la maltraitance en milieu « civilisé »

par Quartiers Solidaires, Les p’tits déjs à Flandre, Encrages, 14/4/2017

Ce mercredi 12 avril, un Érythréen présent depuis plusieurs mois rue Pajol, dans le XVIIIème arrondissement de Paris, s’est tranché la gorge. Avec les moyens du bord : une bouteille cassée.

Il aurait perdu 2 litres de sang et a été hospitalisé en urgence à l’hôpital Lariboisière, grâce à l’intervention d’un riverain.

Il dormait à la rue, comme tant d’autres, sans plus rien attendre des services de l’Etat. C’est avec  une  infinie tristesse que nous accueillons cette sinistre nouvelle.

Mais surtout avec une grande colère.

Car, nous ne pouvons accepter que ce drame puisse se ranger comme ça, mine de rien, dans la liste des faits divers que connaît quotidiennement la ville que nous habitons, Paris. En effet, dans le quartier de la Chapelle, à travers les petits déjeuners que nous distribuons, à travers des discussions impromptues au coin d’une rue, à travers des échanges que  nous avons entre riverains, mais aussi avec des professionnels, nous avons connaissance de la situation délétère de la vie de nombre de migrants.

Encrages

Encrages

Ceux-ci vivent aujourd’hui (et, ce n’est malheureusement pas une  nouveauté) une maltraitance administrative qui, de par les délais de traitement des dossiers, de par la saturation des structures, de par l’arbitraire qui préside, donne le sentiment d’avoir comme but de semer le désespoir et la confusion. Et que dire des mineurs, souvent à la rue, souvent retoqués par les services administratifs, et qui n’arrivent pas à se formuler de projet, dans un pays qui leur semble désormais inhospitalier…

Ainsi, mais c’est peut-être le but non avoué de notre Etat, plusieurs personnes, menacées gravement dans leur pays, nous manifestent leur souhait (désabusé) de rentrer chez elles, découragées, désorientées. Ou d’aller chercher refuge ailleurs, dans un autre pays, alors qu’elles sont épuisées et sans plus d’économies.

D’autres nous confient leur égarement dans les méandres de notre  administration.

D’autres encore sont renvoyées, sans état d’âme, après passage en centre de rétention, via la Norvège ou la Hongrie, si nécessaire.

Après des voyages très souvent pénibles et douloureux,  l’arrivée dans notre  pays, plutôt que de signer un apaisement, accentue les blessures, les humiliations et les incompréhensions face à un État qui terrorise et criminalise.

Car c’est bien de la responsabilité de l’État dont il s’agit.

Nous avons rencontré nombre d’élus du XVIIIème, du XIXème, du Xème,  de la Mairie de Paris, des responsables de maraudes, des acteurs associatifs, des membres d’ONG et nous sommes, quoi qu’il en soit, confrontés au même constat : l’État français « bloque ».

Les hébergements sont nettement insuffisants. Ceux qui existent sont souvent inadaptés, voire carrément indignes ! Les obstacles se multiplient. Les procédures sont nébuleuses et varient selon les régions de France.

L’État ne veut pas se donner les moyens de parvenir à répondre à minima aux attentes de personnes qui demandent refuge. Et il n’est même pas question d’une politique audacieuse ! En revanche, il sait se donner les moyens pour contraindre, empêcher, réprimer, faire disparaître !

C’est cette  violence d’État que  nous nous prenons en plein visage tous les jours, autour  d’un café ou d’un thé, face à nos semblables, exilés, quand nous ne pouvons rien répondre à une question simple (parmi d’autres) : « House ? » Ou encore : « Papers ? »

C’est cette  violence qui nous étreint quand nous essayons de penser comment nous allons pouvoir, avec  eux, envisager l‘avenir autrement qu’avec la rage  aux lèvres et les poings serrés dans les poches.

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