L’opposition vénézuélienne double la mise

par Atilio A. Boron , 15/7/2017

Original: Venezuela: la oposición redobla la apuesta

7 millions de participants selon les organisateurs, 5 selon le gouvernement, sur les 20 millions d’électeurs que compte le Venezuela: la « consultation populaire » organisée dimanche 16 juillet par l’opposition de droite n’a pas été le raz-de-marée espéré par celle-ci. Cela n’a pas empêché le porte-parole de la Maison blanche, Sam Spicer, de « féliciter les Vénézuéliens pour leur participation massive ». L’opposition de droite a appelé lundi à une « grève civique » de 24 heures jeudi prochain et annoncé la mise en place d’un « gouvernement parallèle », sans donner plus de détails. On imagine qu’il s’installera à Miami. Ci-dessous l’analyse du sociolologue argentin Atilio Boron, publiée à la veille du pseudo-référendum-FG

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Parodie des « bulletins de vote » du pseudo-référendum, signés « Mouvement de libération…des riches ». Source: Tlaxcala

Seuls des ingénus peuvent ignorer que l’opposition vénézuélienne applique une stratégie à deux volets pour renverser le président constitutionnel du pays.

Un secteur de la société a choisi de déclencher la violence dans ses variantes les plus absurdes pour installer l’image d’une « crise humanitaire » – produit de la pénurie organisée de produits de première nécessité et d’une débauche d’attaques, de pillages, de « guarimbas » [émeutes urbaine], d’immolations par le feu de personnes et d’ d’attaques d’écoles et d’hôpitaux au cocktail Molotov  – qui serve de prélude à une invasion non moins « humanitaire » du Commandement Sud de l’armée US et, en appliquant la recette utilisée en Libye pour renverser et lyncher Kadhafi, réussir le “changement de régime” tant convoité au Venezuela.

Mais une partie de l’opposition n’est pas d’accord avec cette méthode parce qu’elle pressent qu’elle pourrait déboucher sur une guerre civile dans laquelle les masses chavistes, tranquilles jusqu’à présent, s’engagent pour livrer bataille et mettre fin à l’affrontement en infligeant un écrasant échec aux putschistes. Mais cette aile de l’opposition, qu’on pourrait appeler institutionnelle ou dialoguiste (bien qu’en réalité elle ne soit ni l’un et n l’autre) a été pendant ces mois soumise à l’intimidation ou au chantage pur et simple de la faction violente qui considérait comme une trahison inqualifiable le seul fait de s’asseoir pour négocier avec le gouvernement une sortie non-violente la crise.

Mais maintenant les choses semblent changer, et en mal. Pourquoi ? Parce qu’apparemment les stratégies des deux factions ont été unifiées sous la baguette tenue depuis les USA par le Commandement Sud (le binôme terroriste formé par l’Amiral Kurt Tidd et l’ex-ambassadrice US au Paraguay et au Brésil au temps des coups d’État, Liliana Ayalde). Les secteurs « dialoguistes » ont donc convoqué, pour le dimanche 16 juillet, un plébiscite ou « consultation souveraine » qui n’est rien d’autre que l’antichambre d’un coup d’État. En effet, cette opération consiste demander aux citoyens s’ils veulent ou non un changement total et immédiat de gouvernement et, simultanément, décréter l’illégitimité de la convocation légitime et légale à une Assemblée Nationale Constituante programmée pour le 30 juillet et qui a déjà enregistré plus de cinquante-cinq mille candidatures dans tout le pays. Mais l’opposition ne veut pas attendre tout ce temps et encore moins concourir dans des élections en règle. C’est pourquoi, elle a monté cet exercice totalement informel, sans aucun type de garanties ni registres, ni listes électorales ni normes de comptage et de contrôle public, dans un pays où, comme l’a assuré l’ex-président James Carter, le système électoral est plus transparent et fiable qu’aux USA.

De plus, à en croire Julio Borges, président de l’Assemblée Nationale, une fois que les tables improvisées de réception des votes  auront terminé leur comptage et que sera proclamé le résultat du plébiscite – qui serait évidemment le triomphe de ceux qui ont voté pour la destitution immédiate du gouvernement Maduro – les listes d’émargement seraient immédiatement brûlées pour éviter de futures représailles du chavisme et du coup, tout type de vérification indépendante. De plus, il a déclaré que “l’unique condition requise pour pouvoir émettre son opinion dans la consultation populaire est de présenter sa carte d’identité, en cours de validité ou pas, dans n’importe lequel des points souverains”, laissant entendre que les citoyens pourront voter autant de fois qu’ils le voudront et là où ils veulent. [1]

Il va de soi que le gouvernement bolivarien, comme n’importe autre gouvernement le ferait, ignorera cette pantomime pathétique, ce qui provoquera une furieuse protestation des antichavistes qui, attisés par la propagande de la droite putschiste, se sentiront floués et provoqueront une escalade à de nouveaux niveaux de violence la confrontation qui afflige  le pays. [2]

Les défenseurs autoproclamés de la démocratie et de la république dans nos pays d’Abya Yala (ainsi que le Secrétaire général insortable de l’Organisation des États Américains) ont exprimé leur sympathie pour cette explosion illégale qu’ils célèbrent comme si c’était une manifestation bienvenue du rôle de protagoniste de la société civile du Venezuela alors que ce n’est qu’une sinistre manœuvre pour déclencher une crise qui ouvre la porte à une invasion du Commandement Sud, éventualité qui est explicitement reconnue par plusieurs personnes plus modérées du MUD, comme Ochoa Antich, déjà mentionné. Il faudra voir ce qui se passe ce dimanche 16 juillet au Venezuela, et aussi quelle pourrait en être la répercussion dans nos pays. Ceux qui ont manifesté leur complaisance avec cette initiative putschiste de l’opposition antichaviste – des politiciens de l’establishment latino-américain et la “ presse corrompue”, comme l’a appelée l’ex-président équatorien Rafael Correa – feraient bien d’y réfléchir  deux fois plutôt qu’une. Il ne faudrait pas qu’ apparaissent ceux qui, inspirés de l’exemple vénézuélien, décident aussi de convoquer une “consultation souveraine” pour demander aux citoyens, vue la grave crise qui touche nos pays, si Mauricio Macri (Argentine), Michel Temer (Brésil) ou Enrique Peña Nieto (Mexique) doivent ou non continuer à exercer la présidence.

Si les gardiens sempiternels de la démocratie et des institutions républicaines en Argentine, au Brésil ou au Mexique avalisent – que ce soit ouvertement ou par leur silence complice – la bouffonnerie mise en scène ce dimanche au Venezuela, ils ne faudra pas qu’ils soient surpris si  à terme, des initiatives similaires soient proposées dans ces pays. Ce n’est un mystère pour personne que la légitimité de leurs gouvernements est profondément mise en cause – l’escroquerie postélectorale du macrisme, le coup d’État de la kleptocratie au Brésil, l’abyssale crise politique et sociale au Mexique – et que la crise économique et les politiques d’ajustement ont intensifié à tel point l’exploitation et les souffrances des masses populaires qu’il serait téméraire d’écarter l’hypothèse d’une irruption violente de révolte plébéienne, qui trouverait dans une “consultation souveraine” comme celle opérée au Venezuela, le prétexte idéal pour essayer de mettre fin avant terme à des gouvernements rejetés par la majorité de leurs citoyens.

Notes

1– Voir les déclarations de Borges

2- Cela a motivé la réaction d’un dirigeant de la MUD, Enrique Ochoa Antich, qui a rendu public son refus de participer à la consultation parce que, selon ses mots, cela déchaînerait “ plus de fractures et de violence, y compris une guerre civile, financée depuis l’extérieur et avec une intervention étrangère”. Voir “Por qué no votaré el 16

 

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