Requiem pour la Floride, ce paradis qui n’aurait jamais dû exister

par Michael Grunwald, Politico, 8/9/2017
Original: A Requiem for Florida, the paradise that should never have been

Alors que l’ouragan Irma s’apprête à frapper la Floride, il est important de se souvenir que Mère Nature n’a jamais prévu que nous nous y installions.

ORLANDO, Floride — Les premiers USAméricains à passer du temps dans le sud de la Floride furent les militaires qui chassèrent les Indiens Séminoles de la péninsule dans les années 1830. Et ce fut un calvaire pour eux. Leurs lettres qui racontent cet épisode ressemblent à des critiques sur Yelp d’un café à l’arsenic, elles décrivent la région comme un refuge pour moustique « hideux », « répugnant », « diabolique », « abandonné de Dieu ».

 « La Floride est certainement le plus pauvre pays pour lequel deux peuples se sont jamais affrontés », écrit un chirurgien de l’armée. « Il s’agit du plus effrayant pandémonium que j’aie jamais visité, un enfer désolé ». Un officier la décrit comme « marécageuse, médiocre, excessivement chaude, malsaine et repoussante sous toutes ses coutures ». Le futur président Zachary Taylor, qui y a commandé les troupes US pendant deux ans, affirma qu’il n’échangerait pas un mètre carré du Michigan ou de l’Ohio pour un kilomètre carré de Floride. Parmi les soldats régnait un consensus : il valait mieux laisser cette région aux Indiens et aux moustiques ; comme un général le formula : « Je ne pourrais leur souhaiter de vivre dans un pire endroit ».Ou, comme le déplorait un lieutenant: « Des millions ont été dépensé pour accaparer cette péninsule désolée, marécageuse et bonne à rien. »

Aujourd’hui le Sud de la Floride a été transformé en un paradis subtropical pour des millions de résidents et de touristes, en une mégalopole envahissante qui pourrait subir des centaines de milliards de dollars de dégâts si l’ouragan Irma la frappait directement. Il est facile d’oublier que le Sud de la Floride constituait autrefois l’ultime frontière de l’USAmérique, et qu’elle était généralement considérée comme un désert indésirable et inhabitable. « Elle paraît si hors du monde », écrivait Iza Hardy dans un livre de 1887 intitulé Oranges and Alligators: Sketches of South Florida (Des oranges et des alligators : descriptions de la Floride du sud). Sachant que Hardy ne s’était aventuré que jusqu’au sud d’Orlando, qui correspond au centre de la Floride, situé à 400 kilomètres de Miami. À l’époque, seuls 300 pionniers audacieux vivaient dans ce qui constitue aujourd’hui le sud de la Floride. Miami ne fut pas considérée comme une ville avant 1896. Et même à ce moment, un de ses tout premiers visiteurs déclara que s’il possédait l’enfer et Miami, il louerait Miami et vivrait en enfer.

Une raison principale permet d’expliquer pourquoi le sud de la Floride est resté un endroit aussi déplaisant pendant si longtemps : l’eau. La région était simplement trop détrempée et trop marécageuse pour le développement. Ainsi qu’un pittoresque gouverneur du nom de Napoleon Bonaparte Broward l’a formulé : « L’eau est l’ennemi commun de la population de Floride ». Alors au 20ème siècle, la Floride déclara la guerre à son ennemi commun, se jurant de soumettre Mère Nature, faisant en sorte que d’immense pans des plaines d’inondation puissent accueillir des golfs présidentiels, que le rappeur Vanilla Ice puisse revendre des maisons et que mes enfants puissent grandir au soleil. La gestion de l’eau — plus que la climatisation, les sprays anti-insectes et  la sécurité sociale — a permis au sud de la Floride de croître de manière spectaculaire. C’est un endroit très sympa où vivre, maintenant que la plupart de ses marais ont été drainés, bien plus agréable que Boston et Brooklyn l’hiver et, pour des raisons économiques et politiques évidentes, bien mieux que La Havane ou Caracas tout au long de l’année.

Mais Mère Nature a toujours son mot à dire.

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