Malgré la répression en Égypte, Macron déroule le tapis rouge pour Al Sissi

par Thomas Cantaloube, Mediapart, 23/10/2017

La France accueille en grande pompe, dès mardi 24 octobre, le président égyptien Abdelfattah al-Sissi, attendu à Paris pour de multiples rencontres. Pourquoi le gouvernement français entretient-il des relations aussi étroites avec un dirigeant de plus en plus répressif ?

 Piquet de familles de victimes de disparitions forcées devant l’ambassade de France au Caire, à la veille d’une visite de François Hollande, en avril 2016. À droite, leur avocat Ibrahim Metwally Hegazy, en détention arbitraire depuis le 10 septembre 2017, ce qui fait l’objet d’une action urgente d’Amnesty International

es gouvernements français passent, le tapis rouge continue d’être bien brossé. En tout cas lorsqu’il s’agit d’accueillir le maréchal Abdelfattah al-Sissi, président et fossoyeur enthousiaste de l’État de droit et des libertés publiques de l’Égypte. L’homme qui a repris en main son pays en 2013 après la chute de Moubarak et le bref intervalle de la présidence du frère musulman Mohamed Morsi aura droit au grand jeu pour sa visite à Paris mardi 24 et mercredi 25 octobre 2017 : déjeuner à l’Élysée avec Emmanuel Macron, dîner au Quai d’Orsay avec Jean-Yves Le Drian, entretiens avec les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, réception au Medef…

La France dirigée par Macron semble donc bien partie pour poursuivre la politique déployée par ses prédécesseurs, en dépit de l’aggravation de la situation égyptienne sur tous les plans : ceux des libertés fondamentales et de la démocratie bien entendu, mais aussi de l’économie et de la sécurité dans le pays.

Il n’existe pourtant guère de doute. L’Égypte n’est pas un pays qui se situerait dans une « zone grise » où certaines entorses aux droits humains seraient compensées par des progrès dans d’autres domaines. « L’Égypte connaît la pire crise de son histoire en matière de respect des droits de l’homme », assène Hussein Baoumi d’Amnesty International. « Je reviens tout juste d’Égypte et je peux vous assurer que les gens vivent dans la peur, et il ne s’agit pas uniquement des militants de la société civile », poursuit Michel Tubiana, président d’Euromed Droits, lors d’une conférence de presse commune organisée à Paris lundi 23 octobre par plusieurs ONG qui protestent contre une coopération franco-égyptienne s’asseyant sur la répression de la société civile égyptienne.

Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, aujourd’hui au Quai d’Orsay, recevant des mains d’Abdelfattah al-Sissi des médailles pour le récompenser de la coopération militaire entre la France et l’Égypte, en février 2017. © Reuters

La liste des dérives du pouvoir égyptien est longue comme le bras et, par bien des aspects, elle dépasse ce qui se passait sous le règne d’Hosni Moubarak. Des cas de torture sont régulièrement recensés de la part des forces de sécurité, armée et police, au point que Bénédicte Jeannerod, la directrice d’Human Rights Watch en France, parle « d’épidémie de torture et de la mise en place d’une chaîne répressive susceptible de constituer un crime contre l’humanité ». Le pays figure par ailleurs à la 161e place (sur 180) dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières : des dizaines de journalistes sont en prison et, depuis mai 2017, des centaines de sites internet sont interdits d’accès.

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