Ridi Pagliaccio: naissance d’un monstre à deux têtes, SalviMaio

par FG, 20/5/2018
La politique italienne est un panier de crabes, un nœud de vipères, offrant à toute heure des scènes dignes de Plaute, Goldoni et Dario Fo réunis. Il faudrait un Brecht pour faire mieux. Pour qui suit le spectacle – de près ou de loin -, le dilemme est en permanence : faut-il rire ou pleurer ?
Italiano  Ridi Pagliaccio: La nascita di un mostro a due teste: SalviMaio
Español Ridi Pagliaccio: nacimiento de un monstruo de dos cabezas, SalviMaio

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Le couple de l'année, sur un mur de Rome

En tout cas, cette politique vient d’accoucher d’un monstre à deux tètes et bientôt trois, d’un veau à cinq pattes et plus si affinités, que les médias ont immédiatement baptisé SalviMaio : Matteo Salvini et Giuseppe di Maio viennent de rendre public leur contrat de mariage pour gouverner le pays. Lundi, ils doivent monter au palais présidentiel pour présenter leur projet de gouvernement au Président de la République Sergio Mattarella. Si celui-ci l’approuve, les deux hommes devraient gouverner le pays réputé le plus ingouvernable de l’Union européenne pendant les cinq années à venir (encore faut-il qu’ils trouvent le personnage sur lequel se mettre d’accord pour lui faire jouer le rôle de Premier ministre). S’il dit niet, on retournera à la case départ, bref, aux urnes.

Il a fallu deux mois et demi – 73 jours – aux deux chefs de « partis » pour parvenir à un accord, totalement byzantin, vrai morceau d’anthologie de la combinazione, principe cardinal de la politique italienne. Nos deux bouffons se sont donc mis d’accord tout d’abor sur le constat qu’ils n’étaient d’accord sur presque rien. Donc chacun d’eux a remisé la plupart de ses promesses électorales pour accoucher d’un compromis qui est tout sauf historique, peut-être même antihistorique ou en dehors de l’histoire. Bref, tout comme le mode choisi pour faire avaler la pilule à leurs troupes – la consultation virtuelle en ligne -, le contenu du contrat de mariage est une pure et simple bouffonnerie. Un seul exemple : les deux lascars disent vouloir rapatrier 500 000 immigrés sans papiers. Selon les calculs les plus sérieux, il faudrait 27 ans pour réaliser cette opération Nuit et Brouillard postmoderne. Bref, nos marchands soupe brassent du vent.

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ET ENFIN, NOTRE MARIAGE ROYAL
De gauche à droite:
Salvini : Le jeune homme qui n’a jamais travaillé un seul jour dans sa vie
Di Maio: La parvenue à ses débuts en société
Berlusconi : La vielle reine en pétard (à Salvini:) « Reviens à la maison, espèce de débauché ! »

Nous vivons dans l’ère des bouffons post-modernes. Après Trumpoléon et l’autre duo tragi-comique, celui des Autrichiens Kurz et Strache – qui veulent, entre autres, instaurer la semaine de travail de 60 heures et la journée de 12 heures !!! –voici donc SalviMaio, couple invraisemblable du troisième type constitué par un post-padanien et un post-grilliste, le premier frère de combat de Marine Le Pen et le second, qui dirige un mouvement confus et bordélique – une vrai auberge italienne – qui semblait il y a encore peu de temps avoir plutôt des accointances avec le démocrates, ultime avatar du défunt parti communiste. Et tous deux ont finalement en commun d’être des traîtres : Salvini a trahi Berlusconi et les fachos de Frères d’Italie, avec qui il avait fait une alliance électorale pour constituer une majorité de « centre-droit », et Di Maio le PD, avec qui il aurait pu faire une alliance de « centre-gauche ». En un mot, une alliance de coquins pour faire du populisme sans le peuple, et même contre lui.

Le peuple, lui, bosse, bosse et ferme sa gueule, en préparant sa prochaine explosion de colère. Ce ne sont pas les raisons qui lui manquent. Dans l’Italie d’aujourd’hui, le travail tue et il tue la classe ouvrière, qui a été poussée dans la précarité, l’absence de protection, la sous-traitance en cascade, et au bout la « mort blanche », ces accidents du travail mortels, qui ont fait un millier de victimes en 2017 et, en 2018, deux morts en moyenne par jour. Les derniers accidents ont suscité des réactions de colère des travailleurs, surtout celle d’Angelo Fuggiano, 28 ans, père de deux enfants, à l’Ilva de Tarente, la plus grande aciérie d’Europe, avec 11 000 travailleurs, menacée de fermeture, à moins qu’Arcelor Mittal ne la rachète, comme il l’a fait avec la quasi-totalité de la sidérurgie de la vieille Europe. Angelo travaillait pour une des multiples entreprises de sous-traitance, la Ferplast. Les syndicats de la boîte ont immédiatement appelé à des débrayages dans l’usine, tandis que les syndicats des ports italiens ont, eux, appelé à…cinq minutes de grève, rappelant ainsi à ceux qui s’en souviennent la couverture d’un journal gauchiste français en juin 1968 après la mort de deux ouvriers lors des affrontements avec les CRS à l’usine Peugeot de Sochaux : « 2 morts : 1 heure de grève : 4 morts : 2 heures de grève, etc. » Un autre « accident » a fait 4 blessés graves parmi des ouvriers de sous-traitance aux Aciéries Vénitiennes de Padoue, sur lesquels de l’acier en fusion à 1600° s’est déversé. La Vénétie bat tous les records de morts blanches en Italie, avec une moyenne, ces cinq dernières années, de 2 morts et 335 accidents tous les 5 jours travaillés.

Le divorce semble donc définitivement consommé entre les partis de politiciens –il n’y a plus de partis politiques en Italie, comme dans le reste de l’Europe – et la société réelle. Les premiers se contentent de tenter de capter ce qu’ils croient être l’air du temps par des gazouillis (des tweets), des « like » et des « share ». La seconde s’oriente de plus en plus vers des autonomies en tous genres, mêlant le meilleur et le pire. Ceux qui, à l’extrême-gauche, avaient cru voir dans le Mouvement 5 Étoiles une possibilité de donner une forme politique aux mouvements sociaux et de révolte d’en bas, ont du déchanter, tout comme le petit peuple lombard, piémontais et vénitien qui, orphelin d’un parti communiste auto-dissous, avait reporté ses espoirs sur les « Padaniens » de la Ligue du Nord. Mais tout comme le PCI, d’abord devenu PDS, pour ensuite devenir PD tout court, un ramassis social-libéral où l’on s’étripe à qui mieux mieux,  la Ligue lombarde, d’abord devenue Ligue du Nord, est aujourd’hui la Ligue tout court, un vulgaire parti national-kékchose (je vous laisse choisir entre populaire et socialiste). Ce n’est pas demain que le peuple sera au pouvoir et que la classe ouvrière ira au paradis. Aux élections du 4 mars, la liste baptisée « Pouvoir au peuple » avait fait …1%.

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