Rosa Lux : ”J’étais, je suis, je serai !”- L’anti-#MeToo

par FG, 15/1/2019

Español Rosa Lux: « ¡Fui, soy, y seré!”-La anti-#MeToo

Il y a cent ans, aujourd’hui, Rosa Luxemburg et son camarade de combat Karl Liebknecht furent assassinés à Berlin par des tueurs des « Corps Francs » préfascistes sur ordre de celui qui s’était lui-même désigné comme un « chien de sang », le chef de la police berlinoise Noske, un social-démocrate. Comme le disait la chanson communiste dans les année 1920 : « Wer hat uns verraten ? Die Sozialdemokraten ! Wer hatte recht ? Karl Liebknecht » (Qui nous a trahis ? Les socialos ! Qui avait raison ? Karl Liebknecht).

En novembre 1918, le prolétariat de la capitale de l’Empire s’était soulevé en armes, constituant des conseils d’ouvriers et de soldats, sur le modèle de la Russie des soviets. Rosa et Karl, à la tête des socialistes indépendants, devenus spartakistes, puis communistes, l’aile révolutionnaire qui avait rompu avec le parti social-démocrate réformiste, s’étaient mis au service de cette révolution, qui, comme la Commune de Paris, allait être rapidement écrasée : en France, la Commune n’était pas parvenue à faire tache d’huile, hors de Paris assiégé. En Allemagne, Berlin n’avait pas été la seule à se soulever : une République des conseils de Bavière avait été proclamée à Munich, à Kiel les marins s’étaient soulevés, rejouant l’épopée du Potemkine russe.

Début janvier, commence l’affrontement entre les sociaux-démocrates et la gauche ouvrière et révolutionnaire. Du 7 au 13 janvier, 500 000 travailleurs mènent une grève insurrectionnelle, écrasée dans le sang par les corps francs. Ceux-ci mettent fin au double pouvoir et rétablissent l’hégémonie de la République bourgeoise de Weimar dirigée par le socialo Ebert. Rosa et Karl, capturés par les miliciens, sont assassinés quelques heures plus tard. Le corps de Rosa est jeté dans le Landwehrkanal. Jugés en mai 1919, les tueurs seront acquittés.

D’autres soulèvements dans les années qui suivent seront tous écrasés. Ainsi la social-démocratie aura ouvert une voie royale à ce qui deviendra le nazisme. Il faudra attendre 30 ans pour que les communistes allemands survivants, revenus dans les bagages de l’Armée rouge, créent la RDA, inventant une forme de double pouvoir originale : un Ouest capitaliste et un Est socialiste, séparés par un « rideau de fer » une bizarrerie qui durera 40 ans.

Rosa aura vécu 48 ans avec une rare intensité. Polonaise, elle ne croyait pas à la « renaissance de la nation polonaise » prônée par les nationalistes et les socialistes catholiques. Fille de bourgeois ratés, elle ne supportait pas ce monde étriqué. Juive, elle ne supportait pas le tribalisme, qu’il fût religieux, politique (sionisme) ou même socialiste (le Bund). Femme, elle n’avait pas peur des hommes et leur faisait donc peur (pour reprendre la formule de Simone de Beauvoir), et savait les aimer passionnément. Jamais aucun homme n’aurait osé la harceler. Boîteuse (elle avait une jambe plus courte que l’autre), elle était tout sauf handicapée. Petite et pas belle selon les canons dominants, elle exerçait une fascination sur tous ceux qui l’approchaient, des militants socialistes aux ouvriers allemands, polonais ou russes en passant par les directeurs et les gardiens des prisons qu’elle fréquenta assidûment, à son corps défendant. Militante, elle était une voix, un cerveau et une plume hors pair, produisant une quantité de textes avec une rapidité époustouflante. Son ouvrage théorique majeur, L’Accumulation du capital. Contribution à l’explication économique de l’impérialisme (1913) fut écrit en quelques mois. Internationaliste, elle parlait et écrivait cinq langues : yiddish, polonais, russe, allemand et français. Intellectuelle, elle croquait la vie à pleines dents et débordait d’amour pour la nature, les plantes et les animaux. Martyre de la révolution, elle ne fut pas un seul jour de sa vie une victime, mais une combattante et une vraie battante.

Ses derniers mots imprimés ne furent pas #MeToo, mais : « J’étais, je suis, je serai ! » – un vers du grand poète révolutionnaire ami de Marx, Ferdinand Freiligrath (1810-1876)-, à la fin de son dernier article, publié dans la Rote Fahne (Drapeau rouge), organe du KPD, le 14 janvier 1919, intitulé L’ordre règne à Berlin (lire l’article ici).

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